• sylvie curioz

Changement sociétal : Est-ce suffisant d'agiter la fourmilière ?

Dernière mise à jour : 25 avr.



Un membre de mon réseau LinkedIn a récemment publié une illustration pointant tous les travers relationnels et comportementaux de certains enseignants, susceptibles de rendre une scolarité éprouvante pour l'élève. Ce dessin, fort bien réalisé au demeurant, met en avant ce qui, de son point de vue, ne va pas, ce qui serait à changer. Son parti pris est de provoquer une prise de conscience en donnant un bon coup de pied dans la fourmilière.

L'intention est intéressante, mais est-ce suffisant pour entraîner un changement sociétal durable ?


Chez les fourmis


Quand j'étais petite je me souviens avoir planté quelques bâtons dans les fourmilières que je croisais sur mon chemin de balade dans les bois, avant de comprendre que cela est cruel. Mais ce que j'observais me fascinait. Une fois que le bâton vient détruire une partie de leur habitat, les fourmis sont tout agitées et s'affolent dans tous les sens. Elles sortent en grand nombre du trou créé et tournent autour comme pour en mesurer l'ampleur. Elles semblent désorientées et certainement en colère contre l'humaine qui les a mises dans cette situation inconfortable.... Puis au bout d'un moment, elles se calment et se mettent à reconstruire ensemble leur demeure dans l'état où elle était avant ce grand chambardement.

Les fourmis semblent programmées pour réparer leur fourmilière.



Chez les humains


Depuis, dans ma vie professionnelle et personnelle, j'ai pu remarquer à quel point ce fonctionnement qui paraît instinctif chez les fourmis semble l'être aussi chez les humains.

Je me souviens avoir été embauchée un jour dans une équipe, justement pour faire bouger un peu les lignes et proposer du changement. Tout le monde était apparemment partant. J'ai joué la partition qui m'était dévolue et nous avons ensemble créé des innovations intéressantes. Puis j'ai quitté cet emploi et j'ai pu constater plus tard que finalement les choses étaient revenues quasiment à l'état dans lesquelles je les avais trouvées en arrivant. J'ai eu l'image d'une couverture qu'on soulève et qu'on agite pour la dépoussiérer et qui, après quelques vagues de plus ou moins grande ampleur, reprend finalement sa forme initiale.

Durant la période de ma vie où j'ai consulté en tant que psychologue et psychopédagogue, j'ai pu observer que les personnes qui bénéficiaient véritablement de l'accompagnement proposé étaient celles qui avaient en point de mire un idéal auquel elles s'accrochaient. Cela constituait leur moteur essentiel et les rendaient profondément prêtes à se remettre en question et modifier leurs habitudes.

Pour les autres, même si elles étaient conscientes du changement à mettre en place pour plus de bien-être, celui-ci n'a pas perduré dans le temps. Dès que l'extérieur a fait montre d'une certaine opposition, les nouveaux comportements adoptés n'ont pas résisté. Et les réformes mises en place se sont délitées avec le temps, tout redevenant comme avant ou presque.

Et ce qui vaut pour un changement individuel ou collectif, est encore plus vrai pour un changement sociétal !

Je conçois que donner un coup de pied dans la fourmilière peut parfois provoquer quelques prises de conscience. Toutefois, au regard de l'expérience qui est la mienne, je constate que cela ne suffit pas à provoquer un changement sociétal durable. Et parfois cela va même à l'inverse de l'effet escompté. La critique provoque une rétractation avec encore plus d'immobilisme dans une structure de pensée cristallisée qui est le socle sur lequel se base la personnalité. Détruire cela reviendrait à se retrouver dans le vide sans fondement solide et cela fait très peur à l'ego. Alors il s'accroche encore plus à son schéma de pensée.

Pour un changement profond, qui puisse persister dans le temps, je suis convaincue qu'il est primordial de nourrir un idéal, une vision, un nouveau modèle. Sinon, passé le premier moment de stupeur tout revient à l'état initial. C'est en tout cas ce qui me soutient et me porte dans ma propre évolution.

Alors, oui, pointons les choses à améliorer, mais surtout, écrivons un nouveau récit collectif, inventons une nouvelle histoire pour vivre ensemble harmonieusement. Ainsi peut s'ancrer un changement sociétal digne de ce nom.

Utopiste ? Bisounours ? Et alors ? Le monde est tel que nous le construisons ! Et il reflète la manière dont nous le vivons...





Et je garde toujours à l'esprit que personne ne détient LA vérité et que l'idée que je me fais d'un monde idéal n'est peut-être pas la même que celle de mon voisin...

Alors, comment favorisons-nous la cohabitation ?

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